Oui je sais, écrire un article sur une pièce qu'on a vue il y a plus d'un mois et qui n'est même plus à l'affiche, c'est pas le top en terme de réactivité. Mais bon, je me dis que ça serait quand même dommage de ne pas consacrer quelques lignes à cette pièce qui le mérite bien.
Donc retour en arrière, j'étais de passage à Londres il y a ... plus d'un mois et j'en ai profité à ce moment là pour aller voir la pièce All new people, écrite et interprétée par l'acteur américain Zach Braff. Sans être une fan inconditionnelle, j'ai toujours eu une sympathie particulière pour cet acteur et surtout pour son film Garden State, qui figure en bonne place dans la liste de mes films coups de coeur absolus. La pièce racontait apparemment une sombre histoire de suicide qui ne tourne pas comme prévu, un truc visiblement truffé d'humour noir comme je les aime. Alors si on rajoute à cela la confirmation qu'Eve Myles faisait partie du casting londonien, je n'avais pas hésité très longtemps avant de me procurer un billet.
Il n'y avait pas foule ce jour là au Duke of York Theatre pour la séance de l'après-midi. Il faut dire que les critiques n'avaient pas été très tendres et la pièce souffrait également de la concurrence de Hay Fever, joué à quelques dizaines de mètres de là. Dans la salle, alors que le public prend place, la scène est couverte d'un rideau où est projeté un ciel étoilé, tandis que s'enchaînent des morceaux de Foster the people, Eels et autres gens plus que respectables (oui parce qu'en plus d'être mignon, drôle et de faire des bons films, Zach Braff a également d'excellents goûts musicaux... Zach : marry me !).
Enfin le rythme, de défilement des étoiles s'accélère et le rideau se lève, dévoilant un Zach Braff grimpé sur une chaise, la corde au cou et la cigarette au bec. Pas de doute sur ses intentions, gros doute en revanche sur sa motivation à les réaliser, tant il semble terrorisé à l'idée de faire un mouvement. Alors qu'il tend le bras pour jeter les cendres de sa cigarette, rentre Eve Myles qui lui fait perdre l'équilibre. Tandis qu'elle tente de le rattraper, la pièce s'ouvre sur cette réplique : "I got your balls on my face".
A partir de ce moment, c'est une pièce truffée d'humour noir et d'empêcheurs de se suicider en rond qui se met en place. Charlie (Zach Braff) est un trentenaire déprimé, suicidaire mais on n'apprend que tardivement dans la pièce les raisons de son geste. Il "profite" qu'un ami lui prête sa maison de vacances déserte au bord de la mer (l'action se déroule en plein milieu de l'hiver) pour tenter de mettre fin à ses jours. C'est malheureusement sans compter sur la présence d'Emma (Eve Myles), un agent immobilier d'origine britannique, venue remettre de l'ordre dans la maison afin de préparer le retour prochain des propriétaires. Contrairement à Charlie, Emma parle beaucoup et on apprend vite qu'elle est dans une situation précaire et cherche par tous les moyens à récupérer une green card. Arrive ensuite Myron (Paul Hilton), un pompier, dealer à ses heures, meilleur ami d'Emma mais qui voudrait bien être plus si affinités. Enfin, alors que ce petit monde porte déjà bien sur les nerfs du pauvre Charlie, débarque Kim (Susannah Fielding), une call girl de luxe, louée par le meilleur ami de Charlie afin de lui "remonter le moral".
Pendant la première moitié de la pièce, Charlie est relégué au second plan, où il assiste impuissant au sabotage de ses plans par une bande d'énergumènes tous plus barrés et bavards les uns que les autres. La scène devient vite un foutoir recouvert de billes (référence avouée à "Maman j'ai raté l'avion"), de céréales petit déjeuner et de gâteaux apéro. La pièce est truffée de détails plus ou moins scabreux, particulièrement par rapport au personnage de Kim et même si ce n'est pas toujours très fin et encore moins politiquement correct, je dois avouer que j'ai beaucoup ri.
Au fur et à mesure que la pièce avance, le rire devient cependant plus noir. Le passé de chaque protogoniste est révélé par le biais de films projetés sur un écran qui descend sur le devant de la scène. Et c'est malheureusement sur cet aspect que j'ai trouvé la pièce un peu bancale. Il faut bien l'avouer, le sujet (le suicide contrarié, le fait de trouver une raison de vivre) n'est pas foncièrement original. Sur le même thème, Nick Hornby a fait un roman (Take the long way down / Vous descendez) qui fait partie du club très fermé de mes romans préférés. Mais la différence principale avec All New People c'est que les personnages suscitaient tous la sympathie. Là, je trouve que Zach Braff a sans doute poussé le bouchon un poil trop loin dans le passé peu glorieux de ses personnages. Certes, c'est le sujet : le pardon, le fait d'avoir droit à une seconde chance mais sur le fil très glissant de la comédie noire, j'ai trouvé qu'All New People mettait plusieurs fois le pied dans le vide. Autre bémol, les références parfois un peu lourdes à la religion, en particulier lors du flash back de Charlie et ses nombreux "Oh God". Enfin, il faut bien dire que dans sa seconde partie, la pièce aurait largement mérité d'être raccourcie de 15 à 30 minutes, ce qui aurait permis de garder le rythme trépidant du début.
Malgré ces reproches, j'ai pris tout de même beaucoup de plaisir à voir cette pièce. Déjà par rapport à son côté profondément humain. Il y a vraiment quelque chose de touchant dans cette pièce, particulièrement à la fin où les personnages ont tous baissé leurs gardes. Les scènes entre Emma et Charlie surtout sont vraiment émouvantes.
J'aime beaucoup Eve Myles dans Torchwood (et j'aime beaucoup son personnage de Gwen dans Torchwood, même s'il est loin de faire l'unanimité) mais j'avoue qu'en tant qu'actrice, elle ne m'avait pas forcément toujours convaincue (j'avais trouvé sa prestation dans Little Dorrit surjouée au possible). Là, j'ai vraiment trouvé qu'elle était exactement dans le rôle : terrienne, énergique mais aussi touchante et n'en faisant pas trop justement. Elle m'a vraiment impressionnée. Je serais un peu plus sceptique sur la prestation de Zach Braff. Je l'ai trouvé un peu hésitant dans les scènes de comédie pure (ce qui peut paraître bizarre, vu son rôle dans Scrubs) mais nettement plus convaincant dans les scènes intimistes. Mais véritablement, celui qui tient la dragée haute à tous les autres, c'est Paul Hilton (c'est aussi celui qui a le plus d'expérience de la scène et très franchement, ça se ressent). Et Susannah Fielding ? Bon ben disons que le rôle de Kim n'est pas franchement un rôle qui permet de juger des réels talents d'une actrice, même si jouer une vraie blonde n'est pas forcément à la portée de n'importe qui.
Donc voilà, je ne peux plus vous conseiller d'aller voir la pièce, vu qu'elle ne se joue plus. Mais en tout cas pour moi, ce fut un réel plaisir et je ne regrette absolument pas d'avoir fait le déplacement, malgré les critiques quelque peu négatives sur cette pièce.
Rassurez-vous, le titre ne présage pas un article auto-misérabiliste du genre "Oui je sais, ça fait des mois que je n'ai pas écrit une seule ligne sur ce blog mais j'ai fait un blocage mais crois-moi jamais je ne t'ai oublié cher public...". Non, j'ai beaucoup bossé, beaucoup glandouillé et entre deux PAF, j'ai lu une BD et voilà le travail :
La page blanche c'est l'histoire d'une quête d'idendité : celle d'Eloïse Pinson, ou plutôt, d'une fille qui se réveille un soir, sur un banc, dans la peau d'Eloïse Pinson, en ayant tout oublié de sa vie passée.
Cette fille va donc chercher à retrouver qui elle est, en posant un regard critique sur ce qui semble forger la vie d'Eloïse : son boulot, ses contacts, les objets qu'elle a accumulés dans son appartement. Sauf que plus sa quête avance moins elle semble parvenir à répondre à la question : "mais qui est Eloïse ?".
Ca a l'air philsophico-mystico-prise de tête la façon dont je résume l'histoire ? Ca l'est un petit peu mais La Page Blanche est surtout une façon assez maligne de poser le problème de la quête d'identité de nos jours. Au travers du regard neuf d'Eloïse sur sa vie, Boulet dresse un portrait assez critique d'une génération (grosso modo, la mienne), dont la vie est codifiée par l'influence permanente du marketing et des médias. Qui suis-je ? C'est toute la question à laquelle tente de répondre Eloïse, à grand renfort de scénarios hollywoodiens plus rocambolesques les uns que les autres (ça va de l'enlèvement par des extra-terrestres, à l'agent secret amnésique, en passant par l'histoire d'amour brisée) et de quelques amis : des vrais, et d'autres...
Je ne vais pas y aller par quatre chemins, j'ai vraiment beaucoup aimé cette BD. Je me suis beaucoup reconnue dans Eloïse, ses tatonnements pour trouver qui elle est, ce qu'elle aime, ce qu'elle voudrait être. La BD est truffée de clins d'oeil au monde du cinéma et des séries et j'ai gloussé à plusieurs reprises devant certaines références, ou les bourdes que fait Eloïse. Cependant, il ne faut pas s'y tromper, le ton de la Page Blanche est avant tout mélancolique, voir même carrément cynique. Car derrière toutes ces références culturelles, c'est le vide qui pointe sans cesse le bout de son nez. Un vide souligné par le dessin naïf et épuré de Pénélope Bagieu.
Que reste t-il de soi de nos jours une fois qu'on a oublié l'odeur du dernier gel douche mangue-tagada-guimauve de chez Sephora ? La réponse exposée dans la Page Blanche peut faire peur ... ou décevoir (il faut bien avouer qu'elle arrive un peu comme un pavé dans la mare à deux pages de la fin). Personnellement, je l'ai plutôt vue comme un souffle d'espoir et j'ai aimé.
Une façon moins radicale et politique d'abonder dans le sens du "Vous n'êtes pas ce que vous possédez" de Fight Club et surtout mon premier coup de coeur BD de l'année.